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mars 2010

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2ème partie : le déclin du capitalisme français

13    août
Par Renforcer le PCFImprimer l'article
2ème partie : le déclin du capitalisme français

Dans la lutte impitoyable à laquelle se livrent les grandes puissances pour des marchés, des « zones d’influence » et le contrôle des ressources naturelles, le capitalisme français perd du terrain. En 1980, la France avait le quatrième PIB dans le monde, et le huitième PIB par habitant. Aujourd’hui, elle occupe la sixième place mondiale en PIB et la dix-neuvième en PIB par habitant. La réunification de l’Allemagne a réduit de façon irréversible le poids spécifique de la France au sein de l’Union Européenne. Le capitalisme français recule par rapport aux Etats-Unis. Il recule par rapport à ses principaux concurrents européens. Il recule aussi par rapport à la Chine et l’Inde. L’affaiblissement constant de sa position mondiale trouve son expression dans l’effondrement de la balance du commerce extérieur. Entre 1997 et 2007, elle est passée d’un solde excédentaire de 23,8 milliards à un solde déficitaire de 39,2 milliards ! Le capitalisme français produit de moins en moins de choses susceptibles d’intéresser les marchés étrangers. A l’exception du matériel de transport, dont notamment l’Aéronautique, le TGV, etc., les exportations françaises de pratiquement tous les types de marchandises sont en baisse.

Même sur le marché chinois, où, avec la restauration du capitalisme, les puissances occidentales profitent d’une main d’œuvre surexploitée et des « avantages » d’un régime dictatorial, les capitalistes français sont largement devancés par leurs rivaux. En Afrique, y compris dans les pays considérés autrefois comme autant de « chasses gardées » du capitalisme français, celui-ci ne cesse de céder du terrain. En Côté d’Ivoire, par exemple, il est talonné par la Chine qui, d’ici quelques années, l’aura certainement dépassé. Dans les pays d’Afrique centrale et du Maghreb, un processus analogue est à l’œuvre. Au Moyen-Orient, l’influence de l’impérialisme français a été pratiquement éradiquée par les Etats-Unis. Il en va de même dans le Sud-Est asiatique.

Le capitalisme français n’a aucun moyen à sa portée pour renforcer sa position par rapport à l’Allemagne, au sein de l’Union européenne. L’augmentation du taux d’exploitation des travailleurs et les attaques constantes contre leur niveau de vie ont eu, certes, un effet sur la compétitivité du capitalisme français. Mais dans la mesure où les mêmes attaques sont menées dans les autres pays, les avantages que cela procure à leurs classes capitalistes respectives s’annulent réciproquement. L’affaiblissement du capitalisme français par rapport à l’Allemagne est donc définitif. Sur la base du capitalisme, le déclin de la France est irréversible.

La tentative d’expliquer ce déclin par la baisse du dollar – et ainsi d’exonérer, au passage, les capitalistes français – ne tient pas la route. Le capitalisme français est également en repli dans la zone euro, où les taux de change n’entrent pas en jeu. L’économie nationale souffre d’un sous-investissement chronique, tout particulièrement dans le secteur industriel et manufacturier. Les capitalistes français rechignent à investir dans l’outil productif. Le niveau d’investissement, toutes catégories confondues, a baissé de 1,8% entre 2001 et 2002. Depuis, il connaît un taux de progression qui oscille aux alentours de 3%. Mais l’investissement industriel – d’une importance stratégique décisive pour l’ensemble de l’économie – n’a augmenté que de 1% en 2001, avant de stagner ou de baisser entre 2002 et 2006. Ces chiffres sont une expression très éloquente du caractère parasitaire de la classe capitaliste française à notre époque. C’est une classe dont l’existence est devenue incompatible avec le progrès social.

Compte tenu des mauvais résultats des premiers mois de l’année, le taux de croissance du PIB en 2008 ne dépassera sans doute pas les 2%. La production stagne. Mais à vrai dire, à notre époque, même un taux de croissance relativement élevé n’a pratiquement aucun impact positif sur le niveau de vie des travailleurs. Au contraire, dans une large mesure, la croissance du PIB se fait sur le dos des salariés. Ceux qui en doutent n’ont qu’à écouter la propagande du MEDEF, qui exige, pour favoriser la « croissance », que le Code du Travail soit radicalement révisé au profit des employeurs et que tous les moyens de défense des salariés – comme par exemple le droit de grève – soient restreints, voire anéantis. Le MEDEF exige la suppression des 35 heures. Il exige plus de « flexibilité » pour que les contrats précaires se généralisent davantage. Il exige que tous les secteurs de l’économie et de l’activité sociale – l’éducation, la santé, le logement social, les retraites, les services publics – deviennent autant de « nouveaux marchés », livrés à la voracité spéculative des capitalistes. Le MEDEF explique très clairement qu’à défaut de telles mesures, les investissements continueront de stagner, voire de baisser.

Depuis une quinzaine d’années, le taux de croissance du PIB français a varié dans une fourchette allant de –1% à +4,1%. Depuis 2001, il n’a jamais dépassé 2,3%. Mais le fait est que sur l’ensemble de cette période, il n’y pas eu un seul domaine – emploi, conditions de travail, santé, éducation, logement, retraites – où on peut parler d’un quelconque progrès social. Au contraire, les inégalités sociales sont encore plus marquées qu’auparavant et la précarité de l’emploi s’est généralisée. La hausse des prix sur pratiquement tous les postes de dépenses des ménages se traduit mois après mois par une réduction de leur niveau de vie. Les différentes manifestations de la « grande misère » – mendicité, « soupes populaires », maladies liées à la pauvreté, etc. – s’aggravent d’année en année.

Karl Marx expliquait que le profit n’est autre que le travail impayé du salariat. La lutte des classes est une lutte pour la répartition, entre les capitalistes et les salariés, des richesses créées par ces derniers. La perte de marchés au niveau mondial, sur le marché européen et même national, ne peut que rendre cette lutte encore plus âpre et implacable. Pour maintenir et accroître leurs profits, malgré la perte de marchés, les capitalistes n’ont d’autres recours que de redoubler leur offensive contre les droits et les conditions de vie des travailleurs. Il s’agit de réduire le plus possible et par tous les moyens la part de la richesse nationale qui revient aux travailleurs. Plus le gâteau se rétrécit, plus la lutte pour son partage s’attise.

Les profits colossaux des capitalistes ne proviennent pas de la conquête de nouveaux marchés, ni d’un développement des capacités productives du pays. Ils s’expliquent par le caractère de plus en plus rapace du capitalisme français. La spéculation financière rapporte des milliards à une classe de parasites, cependant que les fusions et les acquisitions « rationalisent » la production aux dépens des salariés. La plus-value que les capitalistes s’approprient augmente au détriment de ce qui revient aux travailleurs. La technologie, la « flexibilité », le travail précaire et sous-payé, le prolongement de la semaine du travail, la réduction des effectifs, la délocalisation, la sous-traitance, le chantage, les innombrables pressions morales et psychologiques à l’encontre des travailleurs : tous les moyens sont bons pour extraire davantage de profits du travail accompli par le salarié.

L’endettement de l’Etat français est actuellement supérieur à 1200 milliards d’euros, soit 64% du PIB. Le montant des seuls intérêts que l’Etat verse aux banques est supérieur à la recette totale de l’impôt sur le revenu ! Lorsque Sarkozy déclare que « les caisses sont vides », il n’a pas tort. Sauf que, quand il s’agit de faire des largesses en direction des capitalistes ou de gaspiller des sommes colossales dans des équipements et opérations militaires (comme en Afghanistan, par exemple), l’argent ne manque pas. L’argument ne vaut que lorsqu’il s’agit de la paye des travailleurs du secteur public et des administrations, des retraites, de la sécurité sociale et des allocations chômage.

Dans Le Capital, Karl Marx a analysé le rôle important que joue le crédit dans l’économie capitaliste. Le crédit met en circulation des valeurs monétaires correspondant à des richesses matérielles qui n’ont pas encore été produites. Théoriquement, l’Etat est censé retrouver plus tard les sommes dépensées, par le biais d’un accroissement de l’activité économique, et donc des recettes fiscales. Cependant, compte tenu de la quasi-stagnation de la production, l’Etat ne retrouve que très partiellement les sommes en question, aggravant ainsi, d’une année à l’autre, son niveau d’endettement.

Les gouvernements successifs ont tenté de renflouer les caisses de l’Etat par le biais de privatisations et par le démantèlement des services publics. Le gouvernement socialiste-communiste de 1997-2002 a privatisé davantage de bien publics, en valeur, que les gouvernements Balladur et Juppé réunis. Mais cela n’a pas empêché la dégradation des finances publiques. La croissance exponentielle de la dette publique est l’une des expressions les plus tangibles de l’impasse dans laquelle s’enlise le capitalisme français et, avec lui, la société toute entière.

Une régression sociale permanente

La place de plus en plus étriquée du capitalisme français sur les marchés extérieurs l’oblige à s’acharner davantage contre tout ce qui fait obstacle à la rentabilité du capital sur le plan intérieur. Ce système est devenu complètement et irrémédiablement incompatible avec les conquêtes sociales du passé. Si les classes capitalistes de toute l’Europe avancent sous la bannière de la « réforme » – en réalité des contre-réformes –, cette politique revêt une forme particulièrement virulente et réactionnaire en France. La régression sociale est visible, palpable, dans tous les secteurs de l’économie, dans les services publics et les administrations, dans les écoles et les universités, dans les domaines du logement et de la santé publique. Elle trouve son corollaire dans l’aggravation du harcèlement et de l’oppression des travailleurs immigrés et des chômeurs.

Sarkozy ment de façon éhontée sur toutes sortes de statistiques, au point de plonger le service de communication de l’Elysée dans l’embarras. Ainsi a-t-il affirmé que les grutiers espagnols travaillaient deux fois plus que les grutiers français, soit 4000 heures par an au lieu de 2000 ! Ceci expliquerait le manque de compétitivité des zones portuaires françaises. Nul ne sait où il a trouvé ces chiffres. Comme l’a fait remarquer le Canard Enchaîné, cela signifierait que les grutiers espagnols travaillent plus de seize heures par jour ! Les chiffres relatifs au nombre de chômeurs subissent le même traitement. Mais en dehors du trucage des statistiques, la baisse « officielle » du nombre de chômeurs s’explique notamment par la généralisation de l’emploi précaire. Au lieu d’un salarié à plein temps et un chômeur, on se retrouve avec deux travailleurs précaires à temps partiel – et voilà que le chômage diminue ! Alors que le mouvement syndical a toujours avancé sous le mot d’ordre du partage du travail, les capitalistes et leur gouvernement nous imposent le partage du chômage. Pendant que les conditions de travail s’aggravent, le gouvernement change les conditions d’attribution des allocations, pour que la menace de la faim et de la maladie accule les chômeurs à accepter des conditions de travail abominables. Il y a plus de 7 millions de pauvres. Parmi les personnes qui ont recours aux soupes populaires, près d’une sur cinq a un travail.

La crise du logement est un scandale permanent et qui s’aggrave d’année en année. Environ 150 000 « sans domicile fixe » dorment sous des tentes, dans des abris de fortune ou sur le pavé. 3 millions de personnes sont officiellement mal-logées. Plusieurs millions de familles et de particuliers sont les victimes de propriétaires avares, qui exigent des loyers très élevés par rapport à la surface et la qualité des logements. Les listes d’attente des demandeurs de logements sociaux sont interminables. Cette situation est une preuve, parmi bien d’autres, de l’incapacité du système capitaliste à répondre aux besoins sociaux les plus élémentaires.

Le déclin du capitalisme français et la perspective d’une récession mondiale sont lourds de conséquences pour la masse de la population française. Les acquis sociaux seront constamment menacés, minés et progressivement détruits. Ce qui est gagné aujourd’hui sera perdu demain par la mise en concurrence des salariés et par les mécanismes inexorables du marché. Les bases économiques sur lesquelles repose l’idéologie des réformistes n’existent plus. Dans le contexte actuel, où le système tire tout vers le bas, le réformiste ressemble à un homme qui gravit lentement et péniblement les marches d’un escalier mécanique descendant. A force de voir son niveau de vie constamment menacé, la psychologie du salariat – et notamment de sa couche la plus politiquement consciente – commence à changer. L’illusion d’un « dépassement » graduel des inégalités, voire du système capitaliste lui-même, au moyen d’une accumulation progressive de réformes sociales, s’efface devant la dure réalité du capitalisme. Les marchands de cette illusion – qu’ils soient de droite ou de gauche – ne sont plus crédibles. Nous sommes entrés dans une époque de régression sociale permanente.

Le gouvernement actuel est une véritable machine de guerre au service des intérêts capitalistes. Mais l’expérience nous apprend que même si le Parti Socialiste était au pouvoir, avec ou sans participation gouvernementale du PCF, les capitalistes auraient usé de leur emprise sur l’économie pour forcer l’adoption d’une politique conforme à leurs intérêts, comme ils l’ont fait par le passé. Quand ils sont au pouvoir, les dirigeants socialistes justifient le renoncement aux réformes – déjà minimes – en expliquant, en substance, que s’ils les mettaient en œuvre, il y aurait moins d’investissements, une fuite de capitaux et plus de chômage. Ainsi, la politique du gouvernement Jospin était un mélange de réformes plus ou moins conséquentes et de privatisations massives. La valeur des biens publics transférés au secteur capitaliste dépassait les 31 milliards d’euros !

Ces privatisations ne figuraient pas dans le programme électoral du PS, et encore moins dans celui du PCF. Il y a, dans l’expérience douloureuse des années 1997-2002, une leçon fondamentale pour tous les travailleurs soucieux de ne pas la revivre, et surtout pour les communistes. Quelles que soient les ambitions réformistes d’un futur gouvernement de gauche, avec ou sans la participation du PCF, il se trouvera confronté à une alternative implacable. Soit il mobilisera les travailleurs et la jeunesse pour briser l’emprise des capitalistes sur l’économie et l’Etat, c’est-à-dire pour exproprier les capitalistes – soit il sera contraint, par la force des choses, de mettre sa politique en conformité avec les lois du capitalisme sur toutes les questions essentielles. Entre ces deux options, il n’existe aucune « troisième voie », aucun moyen d’imprimer au capitalisme une « logique anti-capitaliste », c’est-à-dire un mode de fonctionnement contraire aux intérêts de la classe capitaliste elle-même.

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